Généalogie du Xing Yi Quan telle qu'elle parvenue jusqu'à Sun Lu Tang.
L'art du Xing Yi Quan est de coutûme considéré comme étant le plus ancien art interne du pugilat chinois. La tradition s'accorde à faire remonter sa paternité au célèbre maréchal Yueh Fei, mais beaucoup pensent que Ji Ji Ke ( ou Ji Long Feng ) en serait l'instigateur le plus sûr. En effet l'on devrait considérer le fait que les Chinois apprécient de classer sous de personnages illustres la création d'arts et de patrimoines importants. Il nous faut définir l'origine de cet art qui est donc d'abord géographique et temporel. En effet il existe non pas un Xing Yi Quan mais bien DES Xing Yi Quan, qui varient dans leurs déplacements, leurs accents sur l'utilisation de l'intention, ou de la sensation.
L'on peut donc tâcher de définir les différents Xing Yi Quan selon leurs régions et leur temporalité.
L'art du maréchal Yueh Fei:
Le Maréchal Yue Fei, (1103-1142 ( ou 1154 selon les sources ) ) fut un expert réputé de l'art pugillisitique de la lançe. Son adresse n'avait d'égale que son courage et il rivalisait de dextérité avec son frère juré qui fut tué , surpris par des brigands sans sa lance. Se promettant de ne pas connaître le même sort, il mit au point une méthode de combat issue de divers héritages tels que les fameux traités de la régénération des moëlles et la transmutation des tendons de Boddhidarma (Ta Mo), l'art du tir à l'arc, et sa pratique chevronnée de l'art de la lançe. Il nomma cette méthode "Yue San Shou" (les trois mains de Yue). Cette méthode, efficace, et sûre, se différenciait des autres par l'utilisation de mouvements plus souples, et naturels, simples et fluides.
Celle-ci connue un tel essort de par son efficacité que le maréchal en personne l'enseigna aux officiers de la Garde Impériale de Nan Song. Sa méthode demeura inchangée jusque dans les années 1600, période de regain de la pensée Taoïste et en particulier grâce au célèbre Zhang San Feng, le Maître des Trois Vents, fondateur supposé des styles naturels de Taiji des Monts Wudang, a qui, tout comme pour Yue Fei, l'on attribut la création du Tai Ji Quan, purement et simplement. Zhang San Feng, suite au songe au cours duquel il observera une grue et un serpent s'affronter selon la tradition ( selon d'autre s il aurait reçu le Tai Ji Quan comme cadeau de l'Empereur Sombre (Xuan Di)), fondera la méthode du Wudang Bai, grâce à laquelle il mit en déroute de nombreux brigands qui terrorisaient les habitants des environs. Il préconisait lui aussi la souplesse et la fluidité au geste brut et saccadé. Mais comme pour toute légende, celle de Zhang San Feng est assez controversé, et l'on ne sait plus ni a quel siècle il vécut (certains affirment l'avoir vu au cours des 6 derniers siècles, ce qui ferait de lui un Immortel), ni où se situe sa réalité.
Toujours est-il qu'aux alentours des années 1600, donc, un autre Taoïste, Ji Ji Ho des Monts Zhong Nan fusionna à l'école du maréchal les principes du Wudang Bai, ainsi que l'idée prophylactique des Daoyin anciens (ou Qigong)
L'art de Ji Ji Ho et Ji Long Feng:
Toujours est-il qu'aux alentours des années 1600, donc, un autre Taoïste, Ji Ji Ho des Monts Zhong Nan fusionna à l'école du maréchal les principes du Wudang Bai, ainsi que l'idée prophylactique des Daoyin anciens (ou Qigong). Ji Ji Ho nomma cette méthode bien des siècles avant le célèbre Wang Xiang Zaï Yi Quan (ou boxe de l'intention).
Ji Ji Ho transmit cette pratique à Ji Ji Ke, ou Ji Long Feng, à qui certains attribuent directement la paternité du Xing Yi Quan et qui modifia à son tour les formes, instaurant la théorie des 5 éléments (qui , précisons-le , n'est pas sa création personnelle). Il y a fort à parier que c'est cette injection des 5 éléments dans cette pratique qui lui valut le décernement de cette paternité.
Ji Long Feng donna alors à son tour cette transmission à trois principaux disciples que furent Ma Xue Li, Qi Shou, et Cao Ji Wu.
Premier éclatement "régional" de l'école de Ji Long Feng, Ma Xue Li partira pour la province du Henan, Cao Ji Wu pour celle du Shanxi, et Qi Shou demeurera dans le Jiangsi. Le nom de Xing Yi Quan fut conservé de façon générale. il faut se souvenir que le terme de Xing Yi Quan désigne toutefois une pratique de façon générique divisée en trois branches principales que l'on qualifie parfois aussi d'orthodoxe, de naturelle, ou de synthèse.
Le Maître Ma Xue Li et l'école du Henan:
Le style de Ma Xue Li (1715-1790), musulman de confession, possèdera également le nom de Xin Yi Liu He Quan (boxe du coeur, de l'intention, et des six harmonies). Style très conservateur, il ne restera longtemps enseigné qu'aux seuls musulmans, subissant ainsi peu d'influences extérieures. Il se développa ainsi de façon très linéaire. Le Maître Ma appuyait surtout son enseignement sur la répétition inlassable des enchaînements de base, et sur la technicité de ses mouvements, permettant à l'école de conserver son identité intacte jusqu'à nos jours. Originaire du Henan comme le célèbre temple de Shaolin, il sera parfois l'objet de confusion concernant celui-ci ( l'art du Shaolin connaissant une branche interne appelé Shaolin Nei Bai et possèdant un style connu sous le nom de Xin Yi). Cette confusion est d'autant plus renforcée par le fait que son travail se situe aux frontières de l'externe et demeure l'une des plus démonstratives. L'on peut noter que cette branche ne compte que 10 animaux au lieu de douze.
Le Maître Qi Shou et l'école du Jiangsi:
Le style de Xing Yi Quan de l'école du Jiangsi s'éteindra rapidement avec la mort du Maître Qi Shou. L'on ne note aucune descendance ou lignée ayant pu être retracée et digne de succès. Selon certaines sources, il aurait néanmoins eût une grande influence sur les styles d'arts martiaux du Sud de la Chine, notamment dans le travail des mains collantes ( Chi Sao pour les arts du sud, ou Tui Shou pour le Xing Yi ).
Le Maître Cao Ji Wu et l'école du Shanxi:
Cette branche, de par son emplacement géographique, profita de nombreux apports extérieurs. La lutte mongole et d'autres arts en vacations dans la région se confrontèrent au Xing Yi local, obligeant la population à prêter plus d'attention aux saisies par exemple, ainsi qu'aux projections. C'est donc tout naturellement que ce Xing Yi devint plus libéral que celui de Ma Xue Li.L'influence s'inscrivant dans la réciprocité puisque le Xing Yi influencera à son tour de nombreux styles du Nord de la Chine.Bien que le travail statique , pan classique du Xing Yi fut conservé, l'on y ajouta le travail dynamique et des postures martiales plus hautes, convenant à l'amplitude des déplacements. L'on peut ainsi dire que ce Xing Yi Quan (que l'on nommera Xin Yi Quan , en réalité, boxe du Coeur et de l'intention) fut influencé tant sur le plan du corps d'imitation, que de celui de l'intention et de l'ouverture de l'esprit (en étant moins conservateur). Cao Ji Wu transmettra son art aux deux très célèbres frères Dai Long Bang, et Dai Ling Bang.
Dai Long Bang, et Dai Lin Bang, vivant de leurs propres récoltes et de protection de diligences, reçurent la visite d'un certain Li Luo Neng (qui deviendra plus tard Li Neng Ran). Celui-ci, ayant entendu parler de leur force, voulut apprendre auprès d'eux, après un échange qu'il conviendra d'appeler amical. Celui-ci reçut donc l'enseignement des deux frères, qu'il ramenera dans la province du Hebei , dont il fut originaire. A noter que selon certains historiens, Dai Long Bang serait le créateur des deux animaux supplémentaires que sont l'oiseau Taï, oiseau mythique apparenté à notre Phoenix, ainsi que Tuo, l'alligator. La boxe de la famille Daï est restée longtemps secrète et jalousement gardé jusqu'à nos jours.
Li Luo Neng , dont on dit qu'il serait l'un des plus grands Maître d'arts martiaux que la Chine n'ait jamais connu, et sûrement l'un des plus accomplis du style du Xing Yi Quan, débutera son enseignement dans le Shanxi, auprès des frères Dai Ling Bang et Dai Ling Bang, apprenant tout d'abord avec leurs enfants, il acquérira rapidement une technique remarquable et un niveau respectable lui ouvrant la porte au métier de convoyeur de fonds et louant ses services aux commercants les plus offrants. Plus violent que les frères Daï, il n'hésitait pas à déployer son art pour corriger les malfrats lors de sa nouvelle activité. Sa réputation devint telle que son nom placardé sur les diligences suffisait à lui seul à éloigner les brigands. Il prenait une fois son travail terminé , le temps pour enseigner , notamment à deux disciples Che I Zhaï et le fameux Guo Yun Shen. Cependant, au cours d'un convoi, la diligence subit une attaque et après avoir subit les foudres du commercant pour lequel il travaillait , il les corrigea, lui et tous ses fils puis mena une vendetta avec ses élèves hormis le sage Che I Zhaï contre les brigands qu'il aurait tous tué et fit livrer les trente têtes au commercant. Suite à ces démêlés concernant ses activités professionnelles, celui-ci s'en retourna dans le Hebei,sa province d'origine accompagné de ses disciples.
Il acheta alors une ferme et mena une existence des plus tranquilles, dispensant son enseignement. Il changea de nom pour prendre celui de Li Neng Ran. Il enseigna de très nombreux élèves de qualité et des disciples hors pair.
Sa tendance fondera les grandes lignes du Xing Yi Quan du Hebei tel que nous le connaissons aujourd'hui (notamment l'utilisation principale de la posture Santi).
Cette tendance formera le Xing Yi Quan le plus populaire ( Sun Lutang, Li Cun Yi, Guo Yunshen, Liu Qi Lan, ou encore Chen Pan Ling)
A la mort de Li Neng Ran, certains enseignèrent en conservant les aspects de l'enseignement du Maître , donc spécifique au style du Hebei. D'autres reviendront à un enseignement plus orthodoxe , développant le Xing Yi Quan du Henan, soit modifieront leur pratique selon leurs conceptions propres ( Guo Yunshen ).