Biographie de Sun Lutang, rapportée par Mr Dan Miller, et traduite par Gilles Ruocco. (Tous droits réservés association Sun Lutang).
Aujourd’hui, presque tout ceux qui pratiquent les styles dits « Internes » des arts martiaux Chinois peuvent vous dire que les arts du Ba Gua Zhang (å…«å¦æŽŒ), du Xing Yi Quan (å½¢æ„æ‹³), et du Tai Ji Quan (太極拳) sont les plus populaires des arts de la famille « interne » et que ceux-ci sont excellents pour la préservation de la santé. Ils pourront aussi vous expliquer, comment à un certain degré, ces arts sont reliés à la philosophie chinoise et au Taoïsme. Cependant, vers la fin du 19ème siècle, lorsque ces arts jouissaient d’une grande popularité auprès des personnes qui ne l’utilisaient qu’à des fins martiales, il était fait peu de cas de la philosophie ou de leur aspect thérapeutique, de même qu’il n’existait pas non plus de groupement de ces styles en une famille unique. Avant le changement de siècle, les individus qui pratiquaient ces arts étaient principalement des fermiers sans instruction qui étudiaient dans le but d’obtenir des emplois tels que gardes du corps, gardiens de résidence, ou encore afin d’intégrer une escorte de convoi ou de caravanes. Les Chinois éduqués regardaient de haut les artistes martiaux qu’ils considéraient comme des brutes de basse classe. Comme Sun Lutang l’écrivit en préface de son livre sur le Xing Yi Quan, « Il y avait dans les Anciens Temps un grand préjudice car les lettrés méprisaient les arts martiaux tout comme leurs pratiquants, qui étaient fort peu instruits».
Le premier groupement de ces arts sous le nom de « famille interne » apparut en 1894. Le Maître de Ba Gua Zhang Cheng Ting Hua (程åºè¯) et ses amis Liu De Kuan (ç€å¾·å¯¬), Li Cun Yi (æŽå˜ç¾©), et Liu Wei Xiang (ç€) vinrent à former ensemble une organisation des arts martiaux dans le but de perfectionner le niveau de leurs arts, de favoriser l’harmonie entre les différents cercles des arts martiaux et d’élever le niveau de leurs élèves. Cette « fraternité » était composée de Cheng Ting Hua qui représentait l’école du Ba Gua, Liu De Guan qui représentait l’école du Tai Ji, et enfin Li Cun Yi et Liu Wei Xiang pour l’école du Xing Yi Quan. Ces enseignants se réunirent et convinrent que chacun de leurs élèves qui étudiait avec l’un d’entre eux, pourrait librement approfondir ses connaissances avec les autres. A travers cette collaboration, ces instructeurs perfectionnèrent leurs techniques d’enseignement et décidèrent que les trois arts, bien qu’ayant chacun leurs spécificités, seraient de la même « famille ».
Dans le but de fournir a cette famille des arts martiaux un nom, le groupe s’appela originellement Nei Jia Quan ( Famille des Boxes Internes). Plus tard, après qu’il fut découvert qu’il existait antérieurement un art appelé Nei Jia Quan, le nom fut remplacé pour Nei Gong Quan (Boxe des habiletés Internes). Toutefois ce fut en vain, car le nom Nei Jia Quan étaient déjà bien ancré dans les esprits..
Voici donc comment les arts du Ba Gua Zhang, Xing Yi Quan, et Tai Ji Quan se groupèrent en une même famille et pourquoi ils sont connus comme étant les styles « internes ». Les premiers ouvrages publiés et accessibles au public qui se référaient à ces arts dits « internes » et de la même famille furent les livres publiés par Sun Lu Tang (çŒ»è¤–å ‚) au début de ce siècle.
Dans le passé, les arts du Ba Gua Zhang, Xing Yi Quan et Tai Ji Quan furent déjà groupés sous le nom de « Wu Dang Wushu ». Ce nom a faussement conduit les gens à croire que ces arts pouvaient trouver leur origine chez les Taoïstes des Monts Wu Dang. La vérité est que chacun de ces arts peut être clairement tracé et remonté en des endroits différents des Monts Wu Dang et, des trois, le Ba Gua Zhang est le seul qui découle directement des pratiques Taoïstes. L’on pourrait donc se demander, à quel moment le nom « Wu Dang » intervient-il ?
Durant la Dynastie des Ming (1368 – 1644 après J.C. ndtr), un pratiquant d’arts martiaux appelé Sun Shi San pratiquait un style de boxe qu’il appelait Nei Jia Quan. Le premier écrit de ce style apparaît aux environs de la fin de la Dynastie des Ming. Un pratiquant du Nei Jia Quan nommé Wang Zheng Nan avait un élève, Huang Bai Jia, qui était le fils d’un célèbre érudit, Huang Zong Xi. Lorsque Wang Zheng Nan mourut, Huang Zong Xi écrivit un panégyrique a son attention en expliquant son style de boxe ainsi que les évènements de sa vie. Huang Bai Jia prit plus tard les écrits que son père avait composé à propos de la boxe de son professeur et les publia en un livre qu’il appela Nei Jia Quan. Dans ce livre, qu’il publia quelque part entre la fin des Ming et le début de la dynastie des Qing, Huang Bai Jia écrivit que cet art prenait source auprès du Taoïste Zhang San Feng des Monts Wu Dang. Puisque les Chinois adorent créditer les personnages mythiques et historiques des origines de leurs arts culturels et philosophiques, Zhang San Feng demeure une source discutable de l’origine du Nei Jia Quan. Aucune lignée claire n’est établie entre Zhang San Feng et Wang Zhen Nan, et l’origine du Nei Jia Quan de l’ouvrage de Wang demeure donc toujours inconnue (1).
En 1894, lorsque le groupe de Cheng Ting Hua fonda l’association des arts du Ba Gua Zhang , Xing Yi Quan et Tai Ji Quan avec comme nom le Nei Jia Quan , les gens établirent de façon erronée un lien direct avec le Nei Jia Quan du livre de Huang Bai Jia. Ils persistèrent dans leur erreur lorsqu’ils établirent, tout aussi faussement, que ces arts pouvaient trouver leurs racines chez les Taoïstes des Monts Wu Dang. Le titre « Boxe du Wudang » fut plus tard incrustés dans l’esprit des pratiquants lorsque le Central Martial Arts Academy classa ces arts comme styles du « Wu Dang » en 1928 pour les distinguer des autres styles qui prenaient leurs sources dans le Shaolin. Comme mentionné précédemment, le premier individu qui publia des ouvrages qui commutait les arts « internes » avec les principes Taoïstes fut Sun Lu Tang. Les autres, indubitablement, firent également ces connections, toutefois, Sun Lu Tang fut le premier à les écrire.
Sun Lu Tang fit parti d’une rare génération de la famille des arts martiaux de la fin du siècle parce qu’il était un redoutable combattant mais possédait également une connaissance très profonde des arts littéraires. Après qu’il eut étudié le Ba Gua Zhang avec Cheng Ting Hua, celui-ci l’enjoignit de voyager jusqu’aux Monts Emei de la Province du Sichuan et du Wu Dang dans le but d’étudier le Taoïsme et le Yi Jing (Le livres des mutations). Cheng s’était associé à quelques érudits de Pékin et s’aperçurent des connivences entre la philosophie Taoïste et l’art du Ba Gua. Reconnaissant l’intelligence de Sun, il encouragea celui-ci à poursuivre la philosophie dans le but d’approfondir sa compréhension des arts martiaux. Sun suivit le conseil de Cheng et voyagea jusqu’au Emei et à Wudang entre 1894 et 1896. Il écrivit plus tard son premier ouvrage, « l’étude de la boxe du corps et de l’intention », en 1915, il avait alors étudié le Tai Ji Quan, le Xing Yi Quan, et le Ba Gua Zhang, mais aussi la philosophie Taoïste, le Yi Jing, et les arts de longévité Taoïstes.
Le livre sur le Xing Yi Quan de Sun Lu Tang marqua un tournant dans la voie des arts martiaux aux vues du peuple éduqué de Chine. A la date où l’ouvrage fut publié, le temps était alors propice pour accueillir ce changement. Aux alentours de la fin du siècle, le peuple Chinois était généralement très faible et d’une santé fragile. De mauvaises récoltes, un gouvernement corrompu et l’addiction de l’opium finissaient de mettre à bas la population. Les étrangers vivants sur le sol Chinois à cette époque donnèrent aux autochtones le surnom de « Malades de l’Asie ». Dans un effort de renforcement du pays, le nouveau gouvernement Républicain introduisit l’enseignement des arts martiaux dans les écoles et encouragea sa pratique pour le renforcement de la santé. L’une des premières raisons pour lesquelles Sun publia son premier livre fut son désir de promouvoir les arts martiaux en tant que pratique thérapeutique et prophylactique. Dans sa préface, Sun écrit : « Un pays puissant ne peut se trouver composé d’un peuple faible. Nous ne pouvons rendre le peuple fort sans entraînement physique. La fortification du peuple à travers l’entraînement physique compose la voie du renforcement du pays ».
Le livre sur le Xing Yi Quan de Sun Lu Tang fut le premier ouvrage publié pour le large public qui regroupait les arts du Xing Yi Quan, du Ba Gua Zhang et du Tai Ji Quan en une seule famille et il fut également le premier ouvrage à établir une connivence entre les arts martiaux, le Yi Jing, et la philosophie Taoïste. Ainsi ce livre aide-t-il à façonner nos idées actuelles à propos de ces arts.
Sun Lu Tang, aussi connu sous le nom de Sun Fu Quan (猻ç¦å…¨), est né en 1861 dans le conté de Wan, à côté de la ville de Bao Ding dans la province du Hebei. A cette époque, en Chine, le gouvernement des Qing était très corrompu et il en résultait une certaine souffrance du peuple ordinaire Chinois. A Ju Li dans le conté de Wan, le père de Sun Lutang possédait une petite ferme. Le père de Sun travaillait extrêmement dur mais, du fait des lourdes taxes pratiquées par les Qing, il pouvait à peine gagner sa vie en tant que fermier. Il était dans la fleur de l’âge et toujours pas marié lorsque l’un de ses amis, qui le savait très honnête et travailleur, officia comme entremetteur et présenta Sun à une jeune femme. Peu de temps après cela ils se marièrent. Un an après ce mariage, en 1861, (le 4 janvier), ils eurent un enfant qu’ils appelèrent Fu Quan. Ce nom fut choisit parce qu’il signifiait transmettre à l’enfant le don d’apporter le bonheur et la bonne fortune à leur famille.(1)
Depuis son tout jeune âge, Sun Fu Quan était très intelligent. Reconnaissant les facultés du jeune garçon, son père l’envoya étudier auprès d’une école locale quand il eut sept ans. Parce que le père de Sun n’avait pas beaucoup d’argent, il donnait à l’école de la nourriture provenant de ses champs en échange de l’enseignement que l’on prodiguait à son enfant. Sun Fu Quan était un élève exceptionnellement brillant. Lorsqu’il avait neuf ans, il avait déjà lu et mémorisé la plupart des textes classiques tels que le Classique des Trois Caractères (San Zi Jing) et des ouvrages Confucéens variés. La mémorisation de ces classiques à travers la répétition orale et l’écriture était le principal cursus d’étude pour un élève de l’époque. La mémoire de Sun était exceptionnelle et bien qu’il n’avait que neuf ans à cette époque, il avait déjà mémorisé beaucoup de ces textes et était tout aussi doué dans la pratique des bases de la calligraphie. L’année de la fin des neuf ans de Sun, son père n’eut pas une bonne moisson et de ce fait, il n’eut pas les moyens de payer les taxes extrêmement élevées que le gouvernement Qing imposait au peuple. A cause de cette même mauvaise moisson, le père de Sun ne fut plus non plus dans la mesure de pouvoir payer son professeur, et Sun ne pu continuer son éducation scolaire. La situation devint si désespérée que dans le but d’éviter d’aller en prison, le père de Sun dû vendre tout ce qu’il possédait, y compris ses terres, pour payer ses taxes. Peu de temps après qu’il s’en fut séparé, le père de Sun tomba malade et mourut. En conséquence de quoi Sun et sa mère furent abandonnés sans terre ni aucune source de revenus. Ils ne pouvaient pas non plus se payer un cercueil dans lequel inhumer son père si bien que son corps demeura trois jours dans la maison avant que le jeune Fu Quan ne pu mendier assez d’argent pour l’achat d’un cercueil.
Sans aucune terre à cultiver et aucun autre moyen de subsistance, la mère de Sun ne vit pas comment elle pourrait continuer à élever son fils. Elle partit voir un riche et puissant cultivateur local et lui demanda s’il voulait bien prendre son fils en tant que servant. Il accepta à contrecoeur en précisant qu’il laisserait vivre Sun chez lui et le nourrirait, mais qu’il ne lui donnerait aucun argent, parce que Sun était trop petit et semblait très frêle. Il ne pensait pas que Sun pouvait produire assez de travail pour gagner un salaire en plus de la pension. Le nouvel employeur de Sun avait un fils de deux ans son aîné et qui prenait un malin plaisir à le persécuter. De surcroît, l’employeur de Sun saisissait n’importe quelle opportunité pour le battre. Sun voulait répondre aux agressions en retour, mais il savait très bien que s’il perdait son travail, il ne pourrait plus prendre soin de lui-même, et que sa mère en serait consternée. Il travailla donc aussi dur que possible et en silence, et endura les coups lorsqu’il en faisait l’objet.
Un jour, Fu Quan était dehors dans un champ en train de s’occuper de moutons lorsqu’il entendit des hurlements de foule. Il escalada une colline voisine et aperçut un groupe de gens pratiquant les arts martiaux. L’enseignant était un vieil homme de soixante dix ans d’une stature moyenne. Ses yeux regorgeaient d’esprit, et lorsqu’il démontrait son art, ses mouvements étaient rapides, vifs, et clairs. Sun n’avait jamais vu d’arts martiaux avant cela, et fut fasciné par ce qu’il vit. Il décida alors que le prochain jour il irait trouver ce professeur et demanderait à être enseigné.
Le jour suivant Sun trouva la maison de l’enseignant et s’agenouillât devant lui pour lui demander la permission de devenir son élève. Au premier abord, le professeur pensa qu’il plaisantait. Il lui demanda d’où est-ce que Sun venait et celui-ci raconta au professeur l’histoire de la mort de son père et qu’il travaillait pour un homme qui le battait. Le professeur fut ému par l’honnêteté de Sun et sa sincérité. Il demanda à Sun la raison pour laquelle il souhaitait étudier les arts martiaux. Sun répondit qu’il voulait répondre aux assauts répétés de son employeur et de son fils. Le vieil homme répondit « les arts martiaux ne reposent pas uniquement sur le combat, ses principes sont très profonds ». Sun se montra inflexible et ne voulut pas en démordre concernant cet apprentissage. Le professeur lui demanda alors s’il pourrait supporter la privation que cela exigeait. Sun répliqua qu’il pourrait supporter n’importe quel type de souffrance, du moment qu’il pourrait étudier les arts martiaux. Le professeur, dont le surnom était Wu, consentit alors à accepter Sun comme élève.
Sun était âgé de 10 ans lorsqu’il commença à étudier avec son premier professeur. Tous les jours après le travail il irait et étudierait jusqu’au milieu de la nuit. Son professeur eut également une vie très difficile étant plus jeune et sympathisa avec la situation de Sun. Après s’être aguerrit dans la pratique martiale, Wu fut très vertueux et aida les gens opprimés. Une fois il fut amené à aider quelqu’un qui était maltraitéé et par la suite, tua l’agresseur. Le gouvernement réclama son exécution pour son crime et c’est pourquoi il s’enfuit de chez lui. Pour vivre, il démontrait les arts martiaux dans la rue et mendiait de l’argent. Plus tard il rejoignit la rébellion Tai Ping (1850-1864) et combattit contre les soldats de la dynastie des Qing. Après que les Tai Ping furent dispersés, il revint à la démonstration d’arts martiaux dans les rues pour pouvoir vivre. Il était expert en Shaolin, et Ba Ji Quan aussi bien que dans les 18 armes traditionnelles. Il excellait aussi au lancer de billes d’acier d’armes à feu et possédait Qing Gong (ou Gong Fu de la légèreté).
Sun Lu Tang était un étudiant exceptionnel. Après la première année de pratique, il devint particulièrement efficace dans les bases et débuta l’étude du Hong Quan. Sun étudia également le système des 64 paumes du combat spontané, le Gong Fu de la légèreté, le Qi Gong du garçon vierge, et la manipulation d’armes secrètes. Wu reconnut l’intelligence et les capacités naturelles de Sun et pu lui enseigner à un rythme très rapide. Après deux années d’étude, Sun était le meilleur boxeur de la région. Afin qu’il ne devienne pas trop insolent, son professeur lui rappelait que bien qu’il progressait rapidement, il ne percevait qu’un aspect de la réalité de la pratique martiale et qu’il ne devait donc pas être trop fier de ce qu’il avait accomplit. Son professeur lui raconta une histoire de lorsqu’il était lui-même jeune et qu’il venait d’atteindre un bon niveau de pratique pour son âge. Il pensait qu’il était très bon et il allait à la rescousse de quelqu’un qui était en train d’être battu. L’adversaire qu’il combattit était un artiste martial hautement accomplit, et il fut grièvement blessé. Wu raconte que son adversaire aurait pu le tuer sans l’intervention d’un moine de Shaolin qui fut témoin du combat et qui intervint pour le sauver avant qu’il ne soit trop tard. Le moine ramena Wu au temple de Shaolin où il demeura deux ans pour étudier. Au temple il étudia Tan Tui, les 64 paumes du combat spontané, les 72 qin na (), et qing gong.
Après que Sun eut étudié avec son professeur pendant trois ans, sa mère apprit qu’il pratiquait les arts martiaux. Cela la rendait très anxieuse parce qu’elle pensait qu’il était trop frêle et pouvait être blessé. Elle partit le voir avec l’intention de lui dire de ne plus pratiquer.
Cependant, lorsqu’elle arriva, elle s’aperçut qu’il était plus fort et en meilleure santé qu’il ne l’avait jamais été et n’essaya pas de l’empêcher de continuer. Sun était toujours mince et faible et le fait de voir son fils en meilleure santé lui permit de réaliser que la pratique martiale était alors bénéfique pour lui.
Lorsqu’il eût approximativement 12 ans, son patron laissa une demi-journée de libre a ses employés afin qu’ils puissent célébrer le nouvel an. Sun avait planifié de rentrer chez lui et de rendre visite à sa mère. Alors qu’il était sur le point de partir, le fils du patron entra et commença à malmener Sun. Il dit, « Tu pratiques les arts martiaux ! Si tu penses que tu es bon, voyons si tu peux combattre contre mon cousin. » Le cousin, qui était de 8 ans l’aîné de Sun, entra dans la pièce. Il était très grand et fort a l’image des pratiquants de la Lutte Chinoise ( Shuai Jiao ) Le cousin attrapa Sun par la chemise et le traîna dans la cour. Une fois dans la cour l’agresseur le saisit par le col et le pantalon, le plaça au-dessus de sa tête et le projeta. Lorsqu’il fut projeté, Sun se retourna dans les airs et atterrit sur ses pieds. Ceci rendit fou furieux le cousin, mais Sun était tout aussi en colère d’avoir sa chemise en lambeaux. Alors que son adversaire accourait pour l’attraper et le projeter à nouveau, Sun le frappa au niveau du plexus solaire et puis dans le dos. Lorsqu’il heurta le sol, le cousin vomit toute la nourriture du nouvel an qu’il venait d’ingurgiter. Le fils du patron de Sun courut chercher son père. Le patron de Sun sortit dans la cour avec un énorme bâton et dit qu’il allait le battre à mort. Les autres serviteurs retenaient le patron et tâchaient de le convaincre de ne pas frapper Sun. Le patron hurlait à celui-ci de quitter sa maison et de ne jamais revenir ou il le battrait jusqu’à ce que mort s’ensuive. Sun quitta donc les lieux et se rendit chez sa mère.
La seule chose qui intéressait le jeune Sun Fu Quan était les arts martiaux. Il ne voulait pas travailler, mais seulement étudier. Pour se nourrir et soulager le fardeau de sa mère, il ne mangeait que des légumes sauvages qu’il trouvait. Parce que beaucoup d’artistes martiaux de cette époque avaient de mauvaise réputation, les villageois pensaient qu’il grandirait pour devenir un bandit. Cela renforça d’autant plus sa détermination. Il leur dit que non seulement il serait un très grand artiste martial mais qu’un jour, il aiderait ce village et rendrait fiers tous ces habitants.
Peu de temps après avoir été congédié, Sun se sentit honteux et déprimait de ne pouvoir prendre soin de sa mère et de ne pouvoir garder de travail. Un jour il dit à celle-ci qu’il allait mendier du riz. Il se sentait si mal qu’au lieu de mendier, il sortit et se pendit. Immédiatement après qu’il ait serré le nœud autour de son cou, deux voyageurs vinrent et coupèrent la corde. Sun n’était pas encore mort et ils le ramenèrent donc chez sa mère. Les deux braves voyageurs parlèrent avec Sun et le convainquirent qu’aussi mauvaises que soient les circonstances, il ne devait pas attenter à sa vie. L’un des voyageurs donna un peu d’argent à Sun et sa mère et ils l’utilisèrent pour se rendre à Bao Ding visiter l’oncle de Sun.
L’oncle du jeune Fu Quan tenait une boutique où il vendait des pinceaux de calligraphie. Il donna un travail à Sun en tant que clerc dans son échoppe. Pendant qu’il travaillait dans le magasin de son oncle, Sun pratiquait la calligraphie chaque jour. Il était trop pauvre pour acheter du papier ou encore de l’encre si bien qu’il utilisait du papier de brouillon et qu’il écrivait dessus avec de l’eau. L’oncle de Sun était un homme bon et son magasin connaissait un certain succès. En plus du logement et de la nourriture qu’il fournissait à Sun et sa mère, son oncle lui donnait périodiquement de l’argent pour le travail qu’il effectuait dans son magasin. C’est par le biais des relations de son oncle que Sun fut dans la mesure de continuer sa pratique martiale à Bao Ding. L’oncle de Sun avait deux amis très proches. L’un, surnommé Zhang était un érudit et l’autre, nommé Li Kui Yuan, était un pratiquant d’arts martiaux qui possédait la compagnie d’escorte Tai An.
Li Kui Yuan était un élève en Xing Yi Quan du fameux Guo Yun Shen. Il rencontra Guo Yun Shen un jour alors qu’il travaillait à escorter un convoi. A cette occasion, il défia Guo en une rencontre amicale afin de pouvoir tester son propre niveau. Li était réputé pour son travail de jambes et ses techniques de coups de pieds. Pendant l’affrontement, Li tâcha de placer un coup de pied sur Guo. Guo bloqua le coup avec ce qui semblait être une légère tape, toutefois Li fut projeté quelques pas en arrière et tomba sur le sol. Lorsque Li se releva il n’était pas blessé. Parce que Guo avait accepté le défi et l’avait vaincu de façon fulgurante sans le blesser, Li su qu’il était en face d’un pratiquant très accomplit. Il courut après Guo tomba genoux contre terre et demanda à devenir son élève. Guo consentit à l’enseigner et Li commença alors son apprentissage du Xing Yi Quan. Il étudia ceci avec lui pendant plusieurs années. Parce que Li était déjà aguerrit en arts martiaux, Guo lui enseigna rapidement et ainsi il perfectionna grandement ses habiletés martiales. Après avoir étudié avec Guo, Li hérita du surnom d’« habileté divine ».
Un jour l’oncle de Sun Lu Tang se préparait à envoyer un cadeau à son ami le savant Zhang, et demanda à Sun d’écrire le nom et l’adresse du destinataire sur le paquet. Lorsque Zhang reçut le cadeau, il fut tout aussi impressionné par la calligraphie de son adresse que par le contenu du paquet. Zhang rendit visite à l’oncle de Sun pour savoir qui était l’auteur de cette calligraphie. Lorsqu’il su que c’était le neveu de Sun qui était l’auteur de celle-ci, il dit, « Vous ne m’aviez jamais fait part d’un jeune homme de votre famille avec un tel talent.» Zhang dit alors a Sun, qui était âgé d’environ 15 ans à cette époque, qu’il pourrait venir aussi souvent qu’il le souhaiterai pour en apprendre plus sur la calligraphie. Durant ses temps de loisirs, Sun commença donc à aller chez Zhang pour pratiquer. C’est ici qu’il rencontrera pour la première fois Li Kui Yuan. En rencontrant Sun, celui-ci trouva un jeune garçon honnête et très intelligent. Apprenant que Sun avait une formation en arts martiaux, Li lui offrit de lui enseigner le Xing Yi Quan. L’amour de Sun pour les arts martiaux n’ayant pas périclité, il fut ravit d’avoir trouvé un nouveau professeur.
Pendant la première année où Sun apprit le Xing Yi Quan avec Li, il ne lui fut enseigné que la position statique San Ti. Il n’était pas autorisé à pratiquer quoi que ce soit d’autre. Sun se demandait pourquoi il n’apprenait que cette position statique, cependant, tant que son professeur lui disait de ne pratiquer que cela, il ne se plaignait pas. Après six mois, Sun commença à sentir que sa poitrine et son estomac étaient remplis, et que ses pieds étaient enracinés. Il commença à développer la puissance interne depuis cette position statique et se figura que c’était de ce véritable Gong Fu que tout découlait. Après avoir fait ces expériences, il pratiqua avec encore plus de diligence sa position statique. Après avoir pratiqué approximativement pendant un an celle-ci, son professeur le vit pratiquer un jour et se glissa derrière lui pour tester son niveau. Li frappa Sun dans le dos avec un coup de la paume et la posture de Sun n’en fut pas affectée. Il réalisa que Sun avait atteint un bon niveau de développement et avait un grand potentiel, c’est pourquoi il invita Sun à vivre avec lui et commença à lui enseigner les cinq éléments et les douze animaux du Xing Yi. Sun pratiquait son Xing Yi Quan si dur qu’après seulement deux années de pratique, il avait développé le plus haut niveau de Xing Yi que l’on pouvait attendre de quelqu’un de son âge et de son expérience.
Pour le cinquantième anniversaire de l’érudit Zhang, Li et Sun allèrent visiter celui-ci pour le lui souhaiter chaleureusement. A cette occasion, Zhang suggéra que Li accepte Sun comme son disciple formel. Li convint que Sun avait étudié suffisamment dur pour mériter une place dans sa lignée de Xing Yi Quan et accepta Sun en tant que septième génération de disciple de sa branche de Xing Yi Quan. Cette branche de Xing Yi prend son origine avec Ji Ji Ke (aussi connu sous le nom de Ji Long Feng) et fut passée à Cao Ji Wu, puis à Dai Long Bang, ensuite à Li Neng Ran, à Guo Yun Shen, à Li Kui Yuan, et enfin à Sun Lu Tang.
Après que Zhang ait fait la suggestion à Li d’accepter Sun en tant que disciple, Li lui en fit une à son tour. Il dit, « Maintenant que j’ai accepté un disciple formel à vos encouragements, je vous inviterai à mon tour à accepter un gendre et de permettre à Sun de se marier à votre fille. » La fille de Zhang, Zhang Zhao Xien, était alors âgée de 16 ans à cette époque et Sun de 18. Zhang et Li pensaient que les deux feraient une belle union, et donc ils s’engagèrent. Toutefois, Sun ne voulut pas se marier tout de suite. Il souhaitait passer plus de temps à pratiquer les arts martiaux avant de se soucier d’entretenir sa femme.
Li dit à Sun qu’il lui avait enseigné tout ce qu’il savait. Il suggéra alors que si Sun souhaitait en apprendre plus sur le Xing Yi Quan, il pourrait le présenter à son propre professeur, Guo Yun Shen. Sun était très enthousiaste à propos de la possibilité de travailler avec Guo, mais il était quelque peu inquiet à propos de qui prendrait soin de sa mère. L’érudit Zhang rassura Sun à ce propos. Il dit qu’il prendrait sa mère sous son toit et qu’il veillerait sur elle pendant que Sun étudierait avec Guo. Sa mère prise en charge par Zhang, Sun pouvait poursuivre son apprentissage des arts martiaux. Li emmena Sun dans le conté de Shen, dans la province du Hebei pour le présenter à son professeur Guo Yun Shen.
Guo Yun Shen a étudié le Xing Yi Quan avec Li Neng Ran (aussi connu sous le nom de Li Luo Neng). Guo adorait se battre lorsqu’il était jeune. Lorsqu’il rencontra Li pour la première fois avec l’intention d’apprendre le Xing Yi Quan, Li refusa de lui enseigner a cause de son tempérament belliqueux. Li lui dit que tant qu’il ne réformerait pas sa nature, il ne lui enseignerait jamais les arts martiaux. Guo obtint un travail de serviteur juste à côté de la maison de Li et observait alors secrètement Li et ses élèves pratiquer le Xing Yi. Guo pratiqua Beng Quan (poing de pulvérisation) pour lui-même pendant trois ans. Un jour Li Neng Jan vit Guo pratiquer beng quan et nota qu’il était déjà très doué pour cette pratique. Il réalisa que Guo était sincère à propos de son apprentissage du Xing Yi Quan et accepta donc de l’enseigner.
Après que Guo eut étudié quelques années auprès de Li, il obtint un travail en tant que chasseur de prime. En ces temps là, la loi stipulait qu’un chasseur de prime était autorisé à attraper les criminels et les ramener, toutefois, ceux-ci devaient être ramenés vivants. A une occasion, Guo pourchassait un bandit qui terrorisait les voyageurs sur une route fréquemment empruntée pour voyager. Guo réussit à trouver le malfrat qu’il poursuivait, pendant que celui-ci était en train d’engager un combat avec le service d’escorte local. Guo rejoignit la rixe et captura le hors-la-loi. Mais, après qu’il l’eût capturé, le bandit sortit une arme dissimulée et tenta de tuer Guo. Celui-ci le frappa et le tua net. Reconnaissant ses torts, Guo se rendit de lui-même aux autorités. La sentence pour ce genre de crime était alors la peine de mort, cependant, les conseillers du magistrat local intervinrent en le priant de considérer le fait que Guo était d’un rare talent dans la pratique des arts martiaux. Au lieu d’être exécuté, Guo fut condamné à trois années de prison. Lors de son incarcération, Guo était menotté. Cependant, il continuait à pratiquer son Xing Yi Quan. Lorsqu’il sortit de prison, il était encore plus accomplit qu’en y entrant.
Lors de son séjour en incarcération, Guo avait développé ce qui allait être connu sous le nom de ban bu beng quan (poing de pulvérisation en demi-pas) et devint si populaire par la puissance qu’il développait avec sa frappe spéciale, que les gens disaient que son « poing qui pulvérise en demi - pas pourrait défaire toutes choses sous le Ciel ». Après avoir été relâché de prison, Guo visita le service d’escorte qui exerçait dans la région où le bandit qui fut tué opérait. Il leur dit que depuis qu’il avait tué le bandit, la route était désormais sûre et que leur travail était devenu ainsi plus facile. Il leur dit que le service d’escorte lui devait de l’argent pour le travail qu’il avait effectué pour eux. A cause de ses capacités martiales, ils ne voulurent pas se quereller avec lui et lui donnèrent donc de l’argent. Cependant, Guo revenait régulièrement pour prendre encore de l’argent et le service d’escorte commença à s’en lasser. Au lieu d’affronter directement Guo, ils envoyèrent une lettre à son enseignant, Li Neng Ran.
Li Neng Ran rappela Guo chez lui et lui dit qu’il ne devrait plus déranger le service d’ordre désormais. Puis il ajouta, « de plus ton gong fu n’est pas aussi bon que tu penses qu’il l’est. Tes capacités n’avoisinent pas celles de ton frère de pratique Che Yi Zhai.» En disant cela à Guo, Li souhaitait lui donner deux leçons. La première était qu’il ne devrait pas être aussi arrogant parce qu’aussi bon que l’on puisse être, l’on trouve toujours meilleur que soi. La seconde raison était la tentative de le ramener pour achever son enseignement du Xing Yi. Après que Guo eût étudié les cinq éléments du Xing Yi, il ne voulut plus apprendre quoi que ce soit d’autre. Il était devenu en effet si puissant dans l’application des cinq phases qu’il n’avait jamais perdu un seul combat, et en conclut donc qu’il n’avait rien à apprendre de plus. Li encouragea Guo à apprendre les formes suivantes ainsi que les pratiques à deux (An Shen Pao ainsi que le cycle à deux d’engendrement et de contrôle des cinq éléments), mais Guo pensait que c’était du dérangement pour rien, et quitta Li avant d’avoir complété sa pratique du Xing Yi Quan.
En entendant que son professeur pensait que les aptitudes de Che Yi Zhai étaient meilleures que les siennes, Guo devint fou de rage et partit dans la province du Shanxi dans le but de trouver Che Yi Zhai et de le défier. Lorsque Guo arriva à la demeure de Che, celui-ci fut très heureux de le voir et dit : « Petit frère, je suis si heureux que tu sois venu me visiter, allons manger quelque chose.» Guo répliqua, «Non, je suis venu ici pour te combattre.» Che tenta de dissuader Guo de se battre mais celui-ci persista et Che n’eût bien vite plus le choix. Guo tenta d’utiliser à plusieurs reprises son fameux beng quan. Che restait à bonne distance des attaques de Guo puis se tourna rapidement sur le côté alors que Guo frappait de nouveau et exécuta pi quan (manœuvre de séparation), mais Che retint sa frappe et stoppa celle-ci à quelques centimètres de la tête de Guo. Réalisant que Che avait l’avantage sur lui, Guo stoppa et dit, « Tout comme notre professeur le dit, tu es meilleur que moi.» Suivant cet incident, Guo n’ennuya plus la compagnie d’escorte et retourna chez Li Neng Ran afin de compléter son enseignement.
Li Kui Yuan était déjà entre deux âges lorsqu’il débuta son apprentissage avec Guo Yun Shen et bien que son niveau était déjà très élevé, il n’atteint jamais celui de son Maître. Lorsque Li prit avec lui Sun Lu Tang pour aller au village de Ma dans le conté de Shen afin de rencontrer Guo au printemps de 1882, celui-ci accepta Sun comme élève et Li resta également afin de continuer sa pratique avec Guo. Sun se déplaçait avec son nouvel enseignant et apprenait le Xing Yi à plein temps. Lorsque Guo vit le Xing Yi Quan de Sun, il fut très impressionné. Il dit qu’il était particulièrement aguerrit dans la forme du singe du Xing Yi et le surnomma Sun « le singe vivace.» Il était dit que Sun avait tellement de talent inné qu’il surpassait peut-être même le niveau de son professeur originel, Li Kui Yuan.
Pendant la première année de pratique, Guo n’en apprit pas plus à Sun mais le regardait pratiquer ce qu’il connaissait déjà et apportait des corrections. Une nuit, après que Sun fut là depuis une année, il était dehors à pratiquer lorsque Guo sauta depuis la fenêtre et tenta de l’attaquer avec beng quan (manœuvre de pulvérisation). Sun instinctivement utilisa un mouvement de saut de la forme du singe et bondit en arrière sur plus de 3 mètres. Guo fut enchanté que Sun réagisse aussi bien et depuis cet instant, commença à l’enseigner profondément.
Guo possédait une ferme et entretenait Sun alors qu’il étudiait avec lui. Il voyageait avec Guo partout où il allait. Guo parcourait souvent de longues distances à dos de cheval. Dans le but de développer l’endurance et la force de Sun, Guo exigeait de celui-ci qu’il marche sur le côté du cheval avec son bras drapé de sa queue. Sun était tenu de voyager au même rythme que le cheval en gardant toujours le bras drapé de sa queue. Une version de cette histoire relate que Sun était capable de rivaliser avec le cheval, quand bien même celui-ci fut-il au galop. Lorsque la file de Sun, Sun Jian Yun, est interrogée à propos de cette histoire, elle disait, « C’est ridicule, aucun homme ne peut courir aussi vite qu’un cheval !» Les distances que Sun parcourait lorsqu’il suivait le cheval et la vitesse à laquelle il pouvait courir furent grandement exagérées dans les livres et les articles écrits sur lui.
Plus tard, Guo donna le livre sur le Xing Yi Quan qu’il reçut de son maître Li Neng Ran. Sun s’agenouilla, accepta le livre et dit qu’il s’efforcerait toujours de représenter la lignée et cet art avec honneur. Sun devint donc l’héritier formel du Xing Yi Quan de Guo Yun Shen. Sun resta en totalité huit années avec Guo au terme desquelles il dit à Sun que s’il souhaitait ajouter une nouvelle dimension à ses arts martiaux, il devrait pratiquer le Ba Gua Zhang de façon à s’aguerrir en l’art d’être évasif. Guo dit à Sun qu’il souhaiterait l’emmener à Beijing dans le but d’étudier le Ba Gua Zhang avec son ami Cheng Ting Hua. Nous sommes alors en 1889.
Guo Yun Shen et Cheng Ting Hua étaient tous deux natifs du conté du Shen de la province du Hebei. Le conté du Shen se trouve au sud du Hebei central, au sud de Bao Ding et à l’ouest de la capitale du Hebei, Shi Jia Zhuang. Les natifs du conté du Shen sont et sont toujours, principalement, des fermiers. Toutefois, à cause de sa localisation centrale dans le Hebei, beaucoup de routes empruntées pour le voyage traversent ce conté. Sous la dynastie Qing, mais aussi lors de la période républicaine, la protection des forces de l’ordre était seulement pourvue aux personnes qui vivaient dans les grandes villes. Par conséquent, les gens qui empruntaient le conté du Shen et les contés ruraux environnants ne bénéficiaient que d’une faible protection contre les bandits et brigands qui rôdaient dans la région. Beaucoup d’artistes martiaux confirmés fondèrent des compagnies de gardes du corps ou d’escortes et louaient leurs propres services afin de protéger les voyageurs contre les bandits. Inutile de dire donc, que les artistes martiaux de cette région étaient hautement accomplis. Li Luo Neng, Guo Yun Shen, Cheng Ting Hua, Liu Qi Lan, Li Cun Yi, Wang Fu Yuan, Geng Ji Shan and Wang Xiang Zhai sont tous natifs de ce conté du Shen et c’est ici même que Sun Lu Tang apprit le Xing Yi Quan avec Guo Yun Shen.
Puisque Guo Yun Shen et Cheng Ting Hua sont tout deux natifs du même conté, ils devaient probablement se connaître avant que Cheng n’aille à Beijing pour étudier le Ba Gua Zhang avec le fondateur de ce système, Dong Hai Quan. Même s’ils ne se connaissaient pas personnellement, ils devaient certainement se connaître par le biais de leurs réputations respectives. Quoiqu’il en soit, l’histoire par laquelle ils devinrent de proches amis est intéressante. Pendant la fin des années 1800, le Ba Gua Zhang devenait très populaire à Beijing et son fondateur, Dong Hai Quan était célèbre. Guo, qui était renommé à juste titre pour ses capacités en matière de Xing Yi Quan, souhaitait se rendre à Pékin pour tester le niveau de Dong Hai Quan.
Lorsque Guo arriva à Pékin, il alla d’abord visiter Cheng Ting Hua. Puisqu’ils venaient tout deux du même conté, Cheng invita Guo à rester avec lui. Lorsque Cheng demanda à Guo le but de son voyage à Pékin, Guo expliqua à Cheng son intention de défier Dong et lui demanda ce qu’il en pensait. Cheng connaissait le très haut degré d’accomplissement de Guo, toutefois, il mit en garde Guo dans son intention de défier Dong, parce que celui-ci ne fut jamais vaincu. Guo fit face à Cheng et dit, « Frère, et si tu subissais mon beng quan ? » C’est tout ce que reçut Cheng comme avertissement alors que le poing arrivait déjà sur lui. Il esquiva le coup et le poing de Guo frappa le cadre d’une porte, dont il enleva un morceau. Guo fut impressionné par la vitesse et l’agilité de Cheng et savait que Dong était bien plus fort que celui-ci, ce qui le poussa à abandonner ainsi l’idée d’affronter Dong Hai Quan. Guo et Cheng portaient chacun un profond respect pour l’art martial de l’autre et acceptèrent que les meilleurs élèves de chaque système puissent étudier l’autre dans le but d’approfondir et de raffiner ses connaissances. Par conséquent, après que Sun se soit aguerri dans l’art du Xing Yi Quan, Guo l’emmena voir Cheng Ting Hua pour qu’il apprenne le Ba Gua Zhang.
Certaines versions de l’histoire de Guo Yun Shen venant affronter Dong Hai Quan rapportent que Dong et Guo ont finalement bel et bien combattu. Dans cette histoire, Dong et Guo combattirent pendant trois jours. Pendant les deux premiers jours, Guo ne pouvait pas pénétrer la défense circulaire de Dong, mais au troisième jour, Dong prit l’offensive et humilia Guo sans réellement le blesser. Les deux furent mutuellement impressionnés par leurs capacités et firent le pacte que les pratiquants de chaque système étudieraient l’autre. La majorité des maîtres des écoles de Ba Gua Zhang et de Xing Yi Quan de la province du Hebei et les lettrés du continent chinois disent qu’il n’y a aucune véracité à ce récit. Dong Hai Quan et Guo Yun Shen ne combattirent jamais l’un contre l’autre.